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Le message incomplet — une scène pour deux voix

Lina attend Marc dans la cour d’un studio photo. Il arrive après le départ du photographe, avec une chemise impeccable et un message très clair. Du moins, c’est ce qu’il croit.

Pour deux voix

Fiction originale. Lina et Marc sont sœur et frère adultes. Deux chaises, un téléphone et un sac suffisent ; la porte, la fenêtre et les gestes avec le téléphone peuvent être mimés. Les indications entre parenthèses ne se lisent pas à voix haute.

Durée indicative : environ cinq minutes, à ajuster selon le débit et les silences. Cette estimation de lecture n’est pas un chronométrage de représentation.

La cour du studio

(Dix heures vingt-cinq. Dans la cour d’un studio photo, Lina est assise près d’une porte fermée. Une autre chaise est vide. Marc arrive, un sac à la main.)

LINA : Jolie chemise.

MARC : Merci.

LINA : Elle a presque été photographiée.

MARC : Le photographe est parti ?

LINA : À dix heures quinze. Notre rendez-vous était à dix heures. Il avait une autre séance ailleurs.

MARC : Tu m’as dit de ne pas venir.

LINA : Je t’ai dit de ne pas venir par l’entrée principale.

MARC : Non. Tu m’as écrit : « Ne viens pas. »

LINA : Et ensuite ?

MARC : Ensuite, j’ai enlevé ma chemise.

LINA : La suite du message, Marc.

MARC : Il n’y a pas de suite. Trois mots. Un point. Très ferme, ton point.

(Lina regarde son téléphone.)

LINA : J’avais écrit : « Par l’entrée principale. Elle est condamnée. Passe par la cour. »

MARC : Tu avais écrit ou tu avais envoyé ?

(Un silence.)

LINA : C’est encore dans la case.

MARC : Donc j’ai obéi à la moitié d’une consigne.

LINA : Tu aurais pu appeler.

MARC : Oui. Mais j’ai pensé que tu avais changé d’avis.

LINA : Sur la photo ?

MARC : Sur moi, dans la photo.

(Lina pose le téléphone sur ses genoux.)

LINA : Pourquoi tu penserais ça ?

MARC : Le dîner de dimanche. Vous m’avez attendu.

LINA : Tu avais dit sept heures.

MARC : J’ai encore le cadeau de maman dans mon entrée. Il me regarde quand je rentre.

LINA : Ce sont des serviettes.

MARC : Elles me jugent en silence.

LINA : Tu pouvais venir après sept heures.

MARC : À huit heures, je me suis dit qu’il était trop tard. À neuf heures, ça paraissait encore plus vrai.

LINA : Et aujourd’hui ?

MARC : Aujourd’hui, j’étais prêt à neuf heures. J’ai même repassé le dos.

LINA : On devait nous photographier de face.

MARC : Je voulais être prêt à tout.

(Il s’assied sur la chaise vide.)

LINA : J’ai envoyé le début trop vite. La porte était fermée, je cherchais l’autre entrée… Pardon.

MARC : Moi, j’aurais pu poser une question. C’est moins fatigant que d’imaginer la réponse.

LINA : Qu’est-ce qui t’a fait venir finalement ?

MARC : Ton appel, à dix heures dix. J’étais sous la douche. Puis j’ai remis la chemise. Elle était vexée.

LINA : Tu lui as présenté tes excuses ?

MARC : Pas encore. Je commençais par la famille.

LINA : Maman part ce soir. Elle voulait une photo de nous deux avant son déménagement.

MARC : Elle a celle du mariage.

LINA : Tu es derrière un palmier.

MARC : On reconnaît ma chaussure.

LINA : Elle aimerait avoir ton visage.

MARC : Elle est exigeante.

(Lina regarde le téléphone, puis Marc.)

LINA : On peut la faire ici.

MARC : Devant la porte fermée ?

LINA : Devant le mur. Sans le palmier.

MARC : Avec ton téléphone ?

LINA : Il sait faire autre chose que recevoir des excuses.

(Elle pose le téléphone sur le rebord d’une fenêtre et règle le retardateur. Marc se place devant le mur.)

MARC : Il tient ?

LINA : Oui. Regarde ici. Enfin, là. Dix secondes.

(Elle le rejoint. Ils se tiennent très droits, les mains le long du corps.)

MARC : On dirait qu’on attend une punition.

LINA : Souris.

MARC : Ça fait punition avec circonstances aggravantes.

(Pendant leur attente, Lina arrange le col de Marc. Puis elle revient au téléphone.)

LINA : Ratée. Tu regardes en bas.

MARC : Je surveillais ma chaussure. Elle a de l’expérience.

(Elle lui montre l’écran. Il sourit.)

MARC : Tu as mon col, là.

LINA : Quoi ?

MARC : Dans la main. Tu le remettais droit.

LINA : Et toi, tu me regardes faire.

MARC : C’est bien, non ?

(Elle regarde encore.)

LINA : Oui. On la garde.

MARC : On en fait quand même une où je regarde l’objectif ?

LINA : Pour remplacer la chaussure ?

MARC : Pour qu’elle ait le choix.

(Lina reprend le téléphone.)

LINA : J’envoie à maman : « On arrive avec la photo. »

MARC : Tout le message d’un coup.

LINA : « Et les serviettes. »

MARC : Il faut passer chez moi.

LINA : On a le temps.

(Elle lui montre le message avant de l’envoyer.)

MARC : Mets « Nous deux ».

LINA : Elle sait qui…

(Elle s’arrête, ajoute les deux mots et envoie.)

LINA : Nous deux.

(Marc prend son sac. Lina lui remet le col droit. Cette fois, il la laisse faire.)

Pour la lecture ou le jeu

Lina cherche d’abord une explication ; Marc se défend avec des plaisanteries. Après « Sur moi, dans la photo », laissez un silence avant la question suivante. Les deux voix peuvent alors baisser sans devenir solennelles.

Au moment de la photo, Lina peut réellement arranger le col de Marc : le geste doit être visible, sans commentaire, pendant leur attente. Aucun déclenchement ni véritable appareil photo n’est nécessaire. La dernière reprise du geste clôt la scène.

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