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La fenêtre allumée — une courte enquête interactive

La pension est vide. Pourtant, une femme apparaît à la fenêtre chaque soir. Choisissez où regarder et comment poursuivre l’enquête : une courte fiction originale, avec deux fins.

Fiction

Fiction originale. Vos choix changent le chemin de l’enquête et la scène finale. Il n’y a ni score ni bonne réponse : chaque parcours raconte une histoire complète.

Une fenêtre au deuxième étage

Commencez par « La seule fenêtre », puis suivez le lien correspondant à votre choix. Chaque parcours mène à une fin.

La seule fenêtre

À vingt heures quarante, la femme derrière la fenêtre porte une main à sa bouche. Elle baisse la tête. Puis elle recommence.

Vous avez les clés de l’ancienne pension des Tilleuls. Demain, une exposition y ouvrira ; ce soir, vous devez photographier la façade pour le programme. Les chambres sont vides depuis des années. Pourtant, au deuxième étage, une lampe éclaire un rideau jaune et la silhouette d’une femme assise.

Sur la porte, un mot : « Essais ce soir. Ne pas couper le courant avant vingt et une heures. Aline. » La projectionniste devait préparer quelque chose au rez-de-chaussée.

Le boulanger ferme sa boutique derrière vous.

« Encore elle. Hier aussi, elle attendait. »

« Qui ? »

« La dame. »

Il n’a pas de nom à ajouter. Il regarde le deuxième étage, puis baisse son rideau de fer.

La femme là-haut relève la main. Vous hésitez à prendre la photographie : vous cadreriez une chambre vide avec quelqu’un dedans.

La petite déchirure

Un triangle blanc paraît près du coude, puis disparaît. La femme porte la main à sa bouche, baisse la tête. Le triangle revient au même endroit.

Vous comptez : huit secondes. Encore huit. Même le rideau répète son léger frisson.

La porte de la pension s’ouvre. Une petite femme aux cheveux blancs en sort, un rouleau de ruban adhésif au poignet.

« Vous voyez la déchirure ? » demande-t-elle.

« Je crois surtout que je vois un film. »

« Enfin quelqu’un. Aline. Entrez, je vous montre. »

Elle vous conduit à l’étage. Derrière la fenêtre, du papier translucide couvre la vitre. Un projecteur ronronne dans la chambre vide. Sur la table, une bobine attend dans sa boîte.

Du mauvais côté

L’escalier sent la peinture fraîche. Au deuxième étage, la lumière sort sous une porte entrouverte. Vous frappez. La femme continue son geste sans répondre.

« Elle ne vous entendra pas », dit une voix derrière vous.

Une petite femme aux cheveux blancs arrive avec un rouleau de ruban adhésif au poignet. C’est Aline, la projectionniste.

Elle pousse la porte : aucun fauteuil, aucune lampe de chevet. Un projecteur éclaire du papier translucide tendu contre la fenêtre. La femme est une image, visible depuis la rue. Dans la pièce, on la voit à l’envers.

« J’ai gardé huit secondes pour régler la lumière. Maintenant, tout le quartier lui invente une vie. »

Sur la table, une bobine attend dans sa boîte.

Ce que le cadre coupe

La boîte porte une inscription : « Aline — essai comique, 1978 ». Vous regardez Aline, puis le visage jeune qui recommence son geste sur la fenêtre.

« C’est vous ? »

« J’espère. Sinon, quelqu’un m’a volé une très mauvaise perruque. »

La boucle de huit secondes est une copie de travail. Aline la retire, installe la bobine entière et dirige le projecteur vers le mur. Sur la fenêtre, les côtés de l’image tombaient sur le mur opaque. Ici, on voit tout. Un triangle manque au bord du rideau du décor : c’était votre petite déchirure, si vous l’avez remarquée.

La femme assise ne pleure pas. Elle retient son rire. À côté d’elle, un homme coiffé d’une casserole essaie de saluer sans faire tomber le couvercle. La fenêtre le cachait complètement.

« Mon frère. On préparait une audition. Je devais jouer une reine très digne. »

Sur le mur, la reine abandonne. Elle se lève, arrache la casserole et la pose sur sa propre tête. L’image tremble : son frère a heurté le pied de la caméra.

« Le boulanger dit que vous attendez quelqu’un. »

Aline rembobine.

« J’attendais qu’il se taise. J’ai attendu assez longtemps pour rater l’audition. On a mangé les pâtes froides. »

Elle retrouve la casserole dans une caisse d’accessoires, cabossée.

« Pour demain, il faut choisir ce qu’on montre. Le film entier tiendrait sur le grand écran du rez-de-chaussée. Ou vous pourriez me filmer ici, maintenant. »

La dame qui attend

« Qui est cette femme ? »

Aline lève la main devant sa propre bouche. Le geste est identique, mais ses yeux rient déjà.

« Une reine. Enfin, moi, qui essayais d’en être une. »

Elle vous montre la boîte : « Aline — essai comique, 1978 ». Pour préparer son audition, son frère jouait un ambassadeur avec une casserole sur la tête. Il soulevait le couvercle pour saluer. Elle devait rester majestueuse.

« On vous croit triste, dans la rue. »

« Mon frère aurait été ravi. C’était lui, le personnage tragique : la casserole était trop petite. »

Les huit secondes sont une copie en boucle pour régler la projection. Aline installe le film entier et le projette sur le mur. Les côtés de l’image tombaient sur le mur opaque, autour de la fenêtre. Ici, on voit aussi l’ambassadeur. Le triangle blanc, près du coude, est une déchirure du rideau du décor.

Vous voyez alors la jeune femme éclater de rire. Elle se lève, prend la casserole et s’en coiffe. Son frère heurte le pied de la caméra ; toute la chambre semble rire avec eux.

Ils avaient raté l’audition et mangé les pâtes froides, dit Aline. Elle sort d’une caisse la casserole, cabossée mais reconnaissable.

« Il faut décider pour demain. Le grand écran, en bas, permettrait de montrer le film entier. Vous avez aussi un appareil qui filme. On pourrait faire une nouvelle prise. Cette fois, je ne serai pas coupée en deux. »

Fin : la deuxième prise

Vous posez l’appareil sur la table. Aline s’installe contre le mur, la casserole sur les genoux.

« Vous voulez que je fasse le même geste ? »

Vous lui dites de faire ce qu’elle veut.

Elle réfléchit. Puis elle pose la casserole sur sa tête. Elle tient encore, de travers. Aline se lève, marche jusqu’à l’appareil et regarde directement dans l’objectif.

« Cette fois, je viens à l’audition. Mais c’est moi qui vous fais passer un essai. »

Vous riez, votre coude heurte la table ; le cadre penche. Elle tend la main pour le redresser.

Vous gardez tout, y compris la main.

Le lendemain, les deux films passent l’un après l’autre au rez-de-chaussée. Le boulanger reconnaît la reine avant de reconnaître sa cliente.

« Vous avez eu le rôle ? » demande-t-il.

Aline vous regarde. Vous êtes encore en train de régler l’appareil.

« On verra. J’ai gardé le metteur en scène à l’essai. »

Fin : toute la largeur

Vous descendez le projecteur. Aline porte la bobine ; vous lui avez proposé la caisse, mais elle vous l’a laissée.

Sur le grand écran, son frère tient enfin à côté de la reine. Vous préparez une petite carte : « Essai comique. Aline et son frère. 1978. »

« Pas “audition ratée” ? » demande-t-elle.

« Ce n’est pas ce qu’on voit. »

Le lendemain, vous restez près du boulanger pendant la projection. Il attend huit secondes. Cette fois, après le geste, la femme se lève.

« Ah, elle part. »

Puis il voit la casserole. Il rit si fort qu’Aline se retourne, tout au fond de la salle.

Après la séance, il lui demande si son frère avait fini par apprendre à saluer. Elle refait le geste, avec le couvercle véritable, et deux visiteurs se baissent pour éviter la collision.

Vous sortez photographier la façade. Au deuxième étage, la fenêtre est sombre. En bas, la porte est ouverte et vous devez attendre qu’Aline ait fini de rire pour qu’elle cesse de trembler dans le cadre.

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